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5 mai 2009 2 05 /05 /mai /2009 15:28
Qui sommes-nous, d’où venons-nous ?

L’état de grossesse nous ramène à nos origines. J’écris un journal sur la durée de ma grossesse pour garder un peu de la spontanéité de ces moments que les souvenirs altéreront.

 

Les trois premiers mois  ont été difficiles. Le corps est assiégé par de nouvelles hormones qui agissent sur l’humeur. Un rien était contrariant. Le bonheur d’être enceinte, enfin, était présent. Ces contradictions sont déroutantes quand, en plus, mon ami doute de mes compétences à porter et aimer un enfant. Une précédente fausse couche m’empêche d’investir tout de suite cette grossesse, même si les sensations sont différentes de la première fois. 

Le ciel se dégage presque d’un coup. Au par avant, tourner vers des appréhensions et des arguments qu’on a toujours défendus pour nier notre désir d’enfant, à présent, un état d’esprit chamboulé, remanié, qui par le filtre d’une nouvelle prise de conscience rend le quotidien plus léger, l’avenir plus serein et le passé re-visité et apaisé. Enfin presque. Pour alléger ce passé encore faut-il faire table rase de ces fantômes qui tournent dans nos têtes quand on croyait en avoir fait abstraction. A trop “ruminer” on tourne en rond sur des questions qui nous paraissent essentielles mais pour lesquelles il n’y a pas de réponse et encore moins de moyen d’action. 

L’objet de mon attention s’étant focalisé sur la venue exceptionnelle d’un enfant, je n’ai plus envie de m’attarder sur des considérations stériles.

Toutefois, il a fallu un déclencheur pour que je me débarrasse de tout ce fatras qui encombrait autant ma mémoire que mon corps incapable de réagir et d’avancer dans mes projets.

Au premier jour du printemps, des douleurs insupportables et constantes m’ont conduites à l’hôpital. Persuadée qu’il s’agissait de douleurs normales après une première visite qui n’avait rien révélée je n’avais pas envie de retourner à l’hôpital pour ne pas être prise au sérieux. 

Mon ami insiste. Une sage femme me prend en charge et découvre que le col s’est effacé. Perfusion pour bloquer les contractions et promesses de rester à l’hôpital alitée jusqu’à l’accouchement.

Le verdict est rude, les larmes me montent aux yeux. Mon ami est sidéré. Il part chercher mes affaires et s’occuper de nos compagnons à quatre pattes. 

Je ne peux concevoir de passer tout ce temps loin d’eux et de la maison.

Le produit me fait trembler, je me crispe encore plus. Il faut se rendre à l’évidence, nous avons choisi d’avoir un enfant, nous sommes heureux qu’il soit là, nous voulons lui donner toutes ses chances.

Finalement, le diagnostic du gynécologue de garde est rassurant. Pas d’ouverture du col. Cependant, l’hospitalisation est maintenue pour une observation.

Le lendemain, je me sens mieux, mais une légère fièvre incite les médecins à me garder quelques jours. De toute façon, interdiction de me lever, monitoring régulièrement et piqûres dans les fesses pour injecter des corticoïdes destinés à accélérer le développement des poumons du bébé en cas de naissance prématurée. Je pensais tout danger écarté mais visiblement vaut mieux prévenir l’accouchement prématuré.

Je ne peux pas me lever. Les douleurs liés à l’alitement sont pénibles mais rien n’est apaisé. Les douleurs reviennent dès que je bouge. La station debout est impensable. Les visites me réjouissent mais m’épuisent. Tout le monde nous certifie qu’on a bien fait de venir.

Qui sait, sans l’insistance de mon ami, notre bébé serait déjà né et aurait été placé en couveuse.

La fièvre tombe enfin le lundi. Je me sens beaucoup mieux. La gynécologue me fait l’échographie du septième mois. J’en suis à 28 semaines de grossesse, bébé pèse 2 kg 350g. Balaise. Il suit une courbe régulière au-dessus des autres. Tout va bien. Mais la tête est collée vers la sortie et le col est mou. Arrêt de travail jusqu’au bout, et repos. Un peu de marche, c’est tout.

Je me sens mieux, mais les quelques pas qui m’ont amenée jusqu’à la salle d’échographie m’ont épuisée. La station debout par ailleurs doit être brève.

Les premiers jours de retour à la maison se partagent entre le fauteuil et le canapé. Je somnole. C’est déprimant. Les douleurs sont accentuées au réveil. Il faut bouger un peu. Je reprends progressivement la marche avec les chow chow. Mes parents sont là et nous aident au quotidien. Finalement, les balades s’allongent et j’ai envie de faire plein de choses pour préparer la venue du bébé. 

Envie de créer et surtout de ne pas végéter. Mettre à profit ce temps pour terminer la mise en page d’un livre, pour créer des petits animaux avec du tissu de récupération et imaginer des histoires à raconter à Elliot. Euh oui, c’est le nom de notre bébé. Lire et ... créer enfin ce blog. 

Un peu de rangement et je jette ces vieux écrits qui ressassent des idées noires. Je fais la paix avec moi-même, parce qu’un jour, un petit foetus m’a dit que si je ne me calmais pas, lui, il allait naître plus tôt que prévu pour quitter ce corps tendu et inhospitalié. A garder toutes ces tensions en soi, on finit par ne plus vivre. L’intervention d’un kinésiologue m’a beaucoup aidée aussi pour en prendre conscience.

  
Moi, pleurant de douleur, de faim ou pour décharger une émotion, le papa, bien souriant.

Nous attendons avec impatience de voir à quoi Elliot va ressembler avec un papa bien blond bien blanc et une maman très brune. 
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