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18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 12:13

“Mon utopie” Albert Jacquard, 2008

Pour introduire ce sujet, il me paraît nécessaire de présenter, comme l’auteur l’a fait dans son livre, sa conception du travail à l’ordre duquel ne doit pas être l’éducation. En voici les arguments.

Sa conception du travail : le travail de certains a perdu sa raison d’être. Il ne s’agit pas alors de priver certains de travail mais de mieux répartir le travail subsistant.

Albert Jacquard propose un temps de travail égal à zéro pour supprimer le concept de chômage. Ce n’est pas une boutade, il remplace le travail qu’il qualifie de moins en moins nécessaire par le concept d’activité qui répond à des besoins sans limites.

Les économistes utilisent le terme de valeur, non pas pour désigner une valeur réelle mais celle donnée par l’extérieur, définie par des critères psychologiques et techniques de l’économie. p.136

L’attitude collective face à un objet détermine son prix. Cette attitude égoïste individuelle rendrait service à tous.

Les dérives sont visibles aujourd’hui. Sans objectif ou stimulation il ne peut y avoir accumulation de richesses. Pour étayer son propos A. Jacquard prend exemple sur la reconstruction spectaculaire de l’Allemagne détruite en 1945.

Il en conclue que : “L’île Utopia qu’imaginait Thomas More existe bel et bien : c’est la planète Terre. Ceux qui l’habitent et l’habiteront demain méritent que nous fassions pour eux un rêve. Pour le réaliser il faut oser ne pas se satisfaire de l’état présent.” p.139. 

 

Albert Jacquard oppose la valeur donnée aux choses aux valeurs incalculables que sont l’éducation ou les soins apportés aux personnes et le bonheur qui sont d’autres sources de satisfaction.

“Ce qui est le plus décisif, pour les individus ou les peuples, n’est pas de posséder mais de pouvoir décider.” P. 147

Quand les hommes sont devenus sapiens : “ Face à la diversité du cosmos, ils ont imaginé de le trouver beau, ils ont produits des objets qui ajoutaient à cette beauté, ils ont développé l’art. Face à l’inconnu, et surtout face à l’inconnaissable, à “l’au-delà” de l’espace et du temps, ils ont ressenti l’angoisse et inventé l’espoir. Face à l’autre et à eux-mêmes, ils ont tenté de créer du bonheur et cherché l’amour.”  

 

Pour préserver cette richesse accumulée il faut la transmettre : “la cité idéale est donc celle où tout est école.” L’objectif ne doit pas être alors l’efficacité recherchée par les pédagogues mais faire de l’éducation un art : 

l’enfant subit les transformations de la nature, c’est à dire celle de son corps.

il doit pouvoir exprimer sa volonté, ses projets et son autonomie dans un environnement humain.

Le jeu est complexe et l’absence de précision de l’état initial ne permet pas de présager de l’état à venir. Les causes de l’évolution de chacun sont “chaotiques” c’est à dire très imprévisibles. Un événement en apparence insignifiant peut provoquer chez l’enfant ou l’adolescent des réactions personnelles.

C’est l’expérience de l’éducateur ou du pédagogue qui permettra la transmission “front à front” qu’impose la relation à l’élève. C’est donc une rencontre des intelligences qui permet le “passage de témoin” de ce trésor collectif. 

Dans cet esprit là, on ne va pas à l’école parce que c’est obligatoire ou pour préparer à la vie active mais pour devenir soi-même en rencontrant les autres.

Une condition importante à l’épanouissement de chacun à l’école est de ne pas la considérer comme un passage, c’est à dire une école consacrée à la préparation du futur sans être acteur du présent. 

L’individu ne doit pas se soumettre à une société présentée comme déjà définie alors qu’elle est à construire.

L’éducation ne doit pas encourager à la docilité par la notation chiffrée et les palmarès. On revient à la notion de valeur qui est attribuée en fonction d’une hiérarchie par rapport aux autres.

C’est pour A. Jacquard un confort intellectuel de se soumettre à de multiples hiérarchies plutôt que de considérer le potentiel créateur de chacun.

Ne confondons pas l’école avec le taylorisme qui a donné naissance au travail à la chaîne pour améliorer la productivité et qui fournit des personnes à l’intelligence formatée prête à la vie active.

L’école doit “participer à une métamorphose. C’est la possibilité de cette transformation qui fait des êtres de notre espèce des cas singuliers.”

Il faut différencier apprendre et comprendre. Apprendre relève d’un automatisme tandis que comprendre nécessite un effort. La compréhension, c’est ce qui nous fait “réellement goûter au plat et se réjouir de saveurs nouvelles” pour reprendre les termes d’A. Jacquard.

Nous sommes en permanence amené à remettre en ordre des fragments de connaissance qui suggèrent que notre connaissance du monde est en constante construction.

Pour reprendre les termes de Socrate, l’enseignant est un accoucheur, il fait sortir la compréhension d’un cerveau. Les difficultés avec lesquelles on se débat ne sont pas le signe d’un manque d’intelligence mais au contraire la manifestation d’une rigueur intérieure jamais satisfaite. La lenteur de compréhension est peut-être alors le temps nécessaire à l’assimilation, la rapidité serait synonyme de superficialité.

L’enfant qui a dix ans trouve le déroulement d’une année extrèmement long, contrairement à une personne de 70 ans. En cela on peut estimer que l’enfant est déjà riche d’un parcours long c’est pourquoi A. Jacquard trouve que la notion d’âge d’acquisition de connaissance telle qu’elle est définie à l’école est absurde.

Réussir est devenue l’obsession générale et on doit l’emporter dans des compétitions permanentes. Or l’erreur est constructive et c’est l’ajustement de ses connaissances avec les autres qui permet plus de compréhension.

Si on considère l’élève comme une fin et non comme un moyen alors l’école n’est plus une préparatrice d’examens mais un lieu pour acquérir une liberté de penser et d’agir qui permet de conquérir une paix intérieure nécessaire pour construire une paix sociale.

Place au doute, aux choix personnels, à la non soumission. Ceci introduit le problème de ceux qui ne respectent pas la liberté de chacun. L’éducation ne peut répondre aux problèmes de délinquance sur le mode judiciaire.

L’enfant se détache de sa mère pour créer un lien avec les autres membres de la famille puis avec des camarades et des enseignants. Il doit exercer sa diplomatie pour surmonter cette difficulté et adapter son discours à chacun. C’est difficile et il faut accepter l’opacité entre l’école et la famille. L’enfant ne doit pas à l’école entrer dans le moule proposé par la famille. Il faut garder une certaine distance entre l’école et la famille. L’enfant est un chantier en effervescence.

L’adulte doit être présent sans être envahissant, attentif sans être indiscret, présent sans s’imposer.

Pour conclure sur la pensée d’Albert Jacquard, il ne s’agit pas de suivre des chemins tout tracés ou d’en débroussailler d’autres, mais de construire son propre chemin.

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