On ne renonce jamais. Ou jamais vraiment. Que conclure de ma petite expérience pour tout ceux qui espèrent qu’un jour enfin, ils aboutiront ce vieux rêve, cette folle pensée, ce projet si beau... qu’ils ont enfoui au fond d’eux en se disant à quoi bon. Albert Jacquard dans une réflexion remarquait que pour réaliser un projet il fallait supprimer les mots "à quoi bon" qui découragent pour, "pourquoi pas". Alors, les projets les plus utopiques deviennent réalité.
Ainsi, j’avais enfoui mon désir d’enfant face à l’impensable projet qu’il représentait dans notre couple. Et puis, les années passant, cette idée devenait de moins en moins plausible.
Pourtant, ces années qui annonçaient la fin de l’espoir ont été autant de signaux d’alerte. Elles n’ont pas déclenché la panique mais la résignation, celle qui permet de tourner la page pour accepter un état de fait et passer à autre chose. Le regret est là, mais l’envie de vivre aussi. Tous les ingrédients alors se coordonnent selon un schéma classique, celui du cheminement vers autre chose. La construction du chemin reprend après un arrêt improductif et stérile, dans tous les sens du terme.
Face à un être qui se remet en marche, la vie entre alors dans son corps et, ce qui est presque perçu comme un miracle, se produit. C’est alors qu’on réalise qu’en dépit du chemin dans lequel on s’est engagé, on se retrouve sur les traces de ce qui fait sens dans notre vie et dont on s’était détourné. Un peu comme un retour aux sources de ce qui nous fonde.
Pour moi, ce fut l’annonce de cette grossesse. Passée l’angoisse de la fausse couche, c’est un ciel qui se dégage.
Je suis dans les derniers jours de cette aventure. La peau de mon ventre a quelques vergetures. Je ressens les assauts de ce bébé, qui bientôt sera là. Tout le monde l’espère et je ne reverrai pas certaines personnes avant son arrivée.
Je prends conscience d’un compte à rebours et devine les bouleversement qu’il va nous apporter. J’ai pensé à la difficulté d’accoucher, mais maintenant, ce sont les premiers gestes de soins, de portage... que je ne maîtrisent pas qui m’impressionnent.
Finalement, je sens mon ventre, maison trop petite pour lui maintenant, et conçois que l’ordre des choses va s’imposer d’ici peu. Mon ventre, terre nourricière laissera le petit sortir de son antre pour vivre sa vie.
Première séparation, première rencontre en même temps et l’appréhension de cette rencontre. Petit être sans défense, sans projet, sans lien qui va découvrir le vide autour de lui, des sensations nouvelles et étranges, des séries d’expériences plus inquiétantes les unes que les autres. Et nous, maladroits, nous ne vivrons que le dixième de ses angoisses.
Nous le prendrons dans nos bras et pour le rassurer nous essaierons de le secourir. Car, dans un premier temps, c’est la sécurité qui l’apaisera, entouré de nos bras, et tenu contre soi.
Puis, comme un bourgeon qui éclos, il tendra ses bras vers nous et alors il pourra naître aux autres et comprendre ce monde dans lequel il arrive.
De quelle expérience pourriez-vous témoigner qui vous a remis sur le chemin de votre vie ?