Du bout de son index, Elliot découvre ce qui l'entoure : la dureté d'un objet, la granulosité d'un mur, les textures des tissus, la résistance au grattage des matières... C'est une sorte d'antenne qui se connecte sur le monde. Ce n'est plus bouche en avant mais doigt en avant. Tout ce qu'atteint son doigt devient objet de curiosité et soumis à expérience. Il adore s'introduire dans les bouches, les yeux parfois. Sans doute, torturé par ses propres dents celles des autres le renseignent un peu sur leur consistance, leur nombre, leur utilité.
Après avoir gratter une pomme à la cuillère pour proposer une compote improvisée à Elliot, j'ai épluché ce qu'il en restait et l'ai croqué devant lui. Son regard interrogateur m'obligea à quelques explications. Je lui dit alors que lorsqu'il aurait ses dents, il n'aurait plus besoin de manger des pommes en compote mais qu'il pourrait les croquer. Et bien, il m'a regardé droit dans les yeux sérieusement puis m'a souri presque gêné. On peut leur expliquer plus de choses qu'on ne croit à ces bébés.