Visite de la puéricultrice
Après un passage en néonatologie, la PMI de mon secteur ( protection maternelle infantile) me propose un rendez-vous pour un suivi de la santé d'Elliot et de la mienne.
Je reçois donc une charmante dame, infirmière puéricultrice, qui parle tout doucement avec un large sourire. Elliot est dans mes bras et avec cette chaleur il est au sein pour s'hydrater. Les journées chaudes le rendent plus ronchon, un petit tour dans les bras, il tête mollement le sein et apprécie un petit câlin.
Elliot lui fait de larges sourire qui lui valent des compliments en retour de l'infirmière charmée.
La puéricultrice me suggère un petit biberon d'eau pour éviter de le mettre au sein trop souvent.
Quoi, quoi, quoi ? Un enfant allaité n'a pas besoin d'eau.
"Le papa peut ainsi donner le biberon à son fils." ajoute-t-elle.
Certes, le papa est un peu hors circuit avec l'allaitement. Les yeux d'amoureux de mon bébé sont exclusivement pour moi, mais le papa ne se sent pas frustré. Son travail lui "prend tellement la tête" que sa relation avec Elliot ne tient pas à un biberon d'eau.
Par ailleurs, l'allaitement peut paraître contraignant au début mais très vite, le lien privilégié entretenu avec le bébé prolonge la grossesse et de ce fait est une source de plaisir.
" L'organisation physiologique du bébé ne peut pas, par ailleurs, supporter autant de tétées. Il faudrait essayer d'avoir un rythme toutes les quatre heures." insiste la puéricultrice.
L'allaitement, c'est à la demande. Oui, mon bébé est un bon pépère, mais sans bourrelé ou plis en trop pour un bébé de sa taille.
Le pédiatre m'a rassuré, on ne parle pas de bébé obèse quand on allaite. Un allaitement qui marche bien doit être encouragé. Et puis, Elliot n'est pas trop gros, il suit sa courbe.
Quand à l'argument du rythme physiologique qui justifie d'allaiter de façon plus espacé, je l'ai entendu quand il a fallu mettre Elliot sous des UV dans une couveuse pour faire baisser sa jaunisse. Elliot devait y passer minimum trois heures consécutives avant de sortir pour téter. Il hurlait souvent au bout d'une demi-heure. Je passais mes mains par les hublots prévus à cet effet, mais je ne prolongeais son temps que de quelques minutes. J'ouvrais alors la couveuse et le réconfortais tant bien que mal et souvent il prenait le sein avec avidité. Les puéricultrices m'encourageaient alors gentiment à le laisser, prétextant que de toute façon, téter aussi souvent lui faisait plus de mal que de bien.
Pas facile de faire la part des choses et on se met à douter de sa compétences à gérer la situation.
Quand, finalement, Elliot a pu se passer des UV, les puéricultrices, devant mon évidente contrariété causée par la situation, me rassurèrent en me disant que je pouvais finalement donner à la demande.
Conclusion, mieux vaut suivre son idée. Les conseils varient en fonction du discours que les soignants se croient obligés de tenir au lieu de percevoir les particularités de chacun. Un bébé se développe aussi en fonction d'un rythme propre. On a tendance à observer un développement moteur identique pour tous les bébés, ce qui introduit des généralisations parfois hâtives.
Le principal, c'est de construire ce lien mère enfant si important pour le développement du bébé et le bien être de la maman.
"Tirer son lait est difficile et éprouvant. pour le sevrage espacez la suppression d'une tétée d'une deuxième tous les 5
jours" compatit la puéricultrice qui conclue, "mais si vous avez des difficultés ou des questions vous pourrez me contacter."
Pas certaine que je trouverai des conseils encourageants et de soutien.
Après avoir jeté un oeil au carnet de santé d'Elliot, la visite se termine.
Est-ce si étrange d'allaiter son enfant pour mériter qu'un tas de personnes (soignant, entourage) focalisent ainsi toute leur attention sur un nourrissage aussi "normal"?
Je sais que la reprise du travail va me plonger à nouveau dans un rythme difficile à gérer. J'espère obtenir un trois quart temps pour profiter de ce petit bout de chou qui n'a pas fait simplement irruption dans ma vie mais qui l'a changée et m'invite à penser autrement pour enfin réaliser que la vie ça passe trop vite si on ne s'arrête pas un peu aux stations offertes. La naissance d'un enfant n'est pas un événement parmi d'autres sur lequel on passe après son congé de maternité un peu comme si rien ne s'était passé.
Qu'en pensez-vous ?